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Homélie de la messe chrismale

Mercredi 13 avril 2022, au cours de la messe chrismale célébrée en l’église de Saint-Louis, Monseigneur Gilbert Aubry a prononcé cette homélie : « L’Esprit du Seigneur est sur moi ». En voici le texte intégral

Article mis en ligne le 14 avril 2022
dernière modification le 21 avril 2022

par Mgr Gilbert Aubry

Chers frères prêtres, Chers frères diacres, Chères religieuses, Chers religieux,
Chers fidèles laïcs,
Cher peuple de Dieu dont je fais moi-même partie,

L’évangile de Luc (4, 16-21) qui vient d’être proclamé par le diacre nous présente Jésus qui, après être né à Bethléem, a grandi à Nazareth. Il est devenu un adulte d’une trentaine d’années. C’est un jour de sabbat, c’est-à-dire le septième jour de la semaine où l’on chôme après six jours de travail. Ce jour est saint. Il est consacré à Dieu. Et Jésus va prier à la synagogue qui est le lieu de réunion de la communauté religieuse des juifs. En ce jour consacré à Dieu, Jésus déroule le livre qu’on lui présente. Il trouve le passage du prophète Isaïe où il est écrit : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a consacré par l’onction. » (Isaïe 61, 1). Il va au bout du passage que nous avons entendu il y a un instant.

Puis, il s’assied comme un président de séance, comme un maître et il déclare : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Ecriture que vous venez d’entendre » (Lc 4, 21). En ce jour consacré à Dieu – le sabbat, en ce lieu consacré pour célébrer l’alliance de Dieu avec son peuple, lui, Jésus, se présente avec une autorité qui va faire bouger les lignes. Il se présente comme le libérateur d’un peuple qui est décrit comme un ramassis d’estropiés et de laissés pour compte. Quel libérateur ? Quelqu’un qui affirme : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a consacré par l’onction... » Jour consacré, lieu consacré, libérateur consacré. Tout le monde est dans l’admiration... jusqu’au moment où ils vont se retourner contre lui. Lui, Jésus, dans la synagogue, il pense à quoi ?

 Le baptême de Jésus

« L’Esprit du Seigneur est sur moi ». Jésus pense à son baptême par Jean-Baptiste dans le Jourdain. Par ce baptême dont il n’a pas besoin lui, puisqu’il est sans péché, il veut entrer dans le mouvement de conversion de son peuple. il ne fait qu’un avec lui. N’oublions pas que Jean-Baptiste lui-même a dit : « C’est en vue de sa manifestation à Israël que je suis venu baptiser dans l’eau » (Jn ch. 1, 31). Jean-Baptiste, en voyant Jésus venir à lui, a dit « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (1, 29). Pour Jean-Baptiste, Jésus assume les péchés de la multitude et s’offre en victime qui doit être immolée comme l’Agneau pascal.

Tout d’abord, Jean-Baptiste veut refuser de baptiser Jésus. Il s’y oppose. Devant l’insistance de Jésus, tous les deux se soumettent au dessein de Dieu. Quand le peuple et Jésus sont baptisés, alors Jésus se met à prier. A prier qui ? Il prie son Père. A ce moment-là, l’Esprit-Saint descend sur Jésus sous la forme corporelle d’une colombe et une voix vient du ciel qui se fait entendre : « Tu es mon Fils bien-aimé, tu as toute ma faveur » (Mc 1, 11). Ces paroles prononcées par le Père révèlent le mystère profond de Jésus, mystère déjà annoncé à Marie par l’ange : « L’Esprit-Saint viendra sur toi. C’est pourquoi celui qui va naître sera saint et sera appelé fils de Dieu » (Le 1, 35). Le messie tant attendu, c’est Dieu lui-même qui se donne à l’humanité par son verbe fait chair de la chair de la bienheureuse Vierge Marie, Jésus Fils de Dieu et fils de Marie.

Jésus reprend les paroles du prophète Isaïe : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a consacré par l’onction. » Et il ajoute « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre ». C’est dans la synagogue de Nazareth que sont prononcées ces paroles. A ce moment-là, il n’y a pas un rabbin ou un grand prêtre pour lui verser sur la tête une corne d’huile ou un flacon d’huile. Il n’en a pas besoin. Pourquoi ? Parce qu’il a été conçu du Saint-Esprit. Si la présence de l’Esprit en Jésus est manifestée seulement à son baptême, dès sa conception dans le sein de la bienheureuse Vierge Marie qu’il est pétri — si l’on peut dire — de l’Esprit-Saint. L’Esprit-Saint fait de sa chair la chair de Dieu dans sa chair humaine. Et c’est bien pour cela que le corps de Jésus et le corps de Marie n’ont pas connu la pourriture du tombeau. Il est ressuscité ; vraiment ressuscité. Elle a été élevée en son corps et en son âme à la gloire du ciel.

 Nous avons reçu l’onction

Et nous, dans ce grand mystère, quelle est notre place ? Chaque baptisé confirmé est envoyé en mission dans le souffle de l’Esprit-Saint ; Chacun de nous, dans cette assemblée, est appelé à prendre de plus en plus conscience que sans l’Esprit-Saint, il ne peut pas exister. Tout comme chaque créature d’ailleurs. Chaque baptisé confirmé est appelé à prendre conscience de son mystère personnel dans le mystère de Dieu : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a consacré par l’onction. » Dans la mission de l’Eglise qui continue la mission de Jésus pour vivre et diffuser la Bonne Nouvelle, j’ai reçu l’onction du Christ avec l’onction du saint-chrême à mon baptême, à ma confirmation ; et pour nous prêtres à notre ordination presbytérale dans nos mains. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle autour de moi, toujours et partout, ici et ailleurs dans toutes mes relations : « Allez donc : de tous les peuples, faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (Mth 28 — 19 et 20).

« C’est la raison pour laquelle le pape Paul VI a voulu faire de la Messe chrismale une fête du sacerdoce : sacerdoce du Christ qui offrit son sacrifice sur l’autel de la croix et en institua le mémorial à la dernière Cène ; sacerdoce des ministres qu’il a appelés à continuer son œuvre, les évêques et les prêtres, auxquelsil a légué la mission d’annoncer l’Evangile, de conduire son peuple et de célébrer les sacrements, avec le pouvoir exclusif de célébrer son sacrifice et de remettre les péchés en son nom ; sacerdoce du peuple chrétien chargé, lui aussi, de faire connaître Jésus Christ, d’être « dans le monde un ferment de sainteté » et d’« instaurer » le Royaume de Dieu en accomplissant ses tâches temporelles » (Prières pour les laïcs au Missel) (Pierre Jounel, Missel du dimanche, p. 66).

La messe chrismale est toujours en relation étroite avec le jeudi saint, jour où nous célébrons la messe en mémoire de la cène du Seigneur. Nous autres ordonnés prêtres à la manière des apôtres, chaque messe chrismale nous renvoie aux engagements que nous avons pris au jour de notre ordination presbytérale devant tout le peuple de Dieu. Nous allons renouveler nos engagements dans un instant. Nous avons tous été intégrés dans le presbyterium. Chacun de nous n’est pas prêtre pour lui-même ni prêtre tout seul. Je ne puis être prêtre qu’avec mes autres frères prêtres : prêtres diocésains, prêtres de diverses congrégations religieuses, prêtres fidei donum, prêtres accueillis. Nous sommes d’origines différentes, de cultures différentes. Mais tous, nous sommes prêtres de Jésus-Christ. Nous sommes donc tous appelés à vivre une fraternité ontologique plus forte qu’une fraternité de sang, fraternité affective et effective. N’oublions pas que nous avons été choisis par Jésus-Christ « non pas pour faire des choses » ou être des fonctionnaires du culte. Non. Nous avons été ordonnés pour être avec Jésus, au cœur à cœur avec lui. Il nous faut le chercher pour le trouver et l’ayant trouvé, le chercher encore plus pour demeurer de plus en plus avec lui.

 Prêtres à la manière des apôtres

Nous prêtres ordonnés à la manière des apôtres, nous devons être comme le cerf altéré qui cherche l’eau vive. Nous devons avoir une âme qui a soif de Jésus-Christ. Il nous faut être désaltérés par lui pour pouvoir devenir source d’eau vive avec lui pour les autres. Une source qui ne serait plus alimentée par un filon souterrain d’eau claire ne pourrait plus donner de l’eau à ceux qui ont soif. Nous prêtres, nous sommes appelés à être totalement disponibles pour le Christ, au cœur à cœur avec lui, afin d’être disponibles pour les autres. Comme les premiers apôtres recrutés au bord du lac, nous devons tout quitter pour le suivre : barques, filets, familles, activités économiques, avantages... Tout quitter pour le suivre. Pas seulement au moment de notre engagement initial lors de l’ordination presbytérale mais aujourd’hui même. Remercions Dieu Notre Père de nous avoir estimé dignes de nous tenir devant lui pour le servir (canon de la messe). Et c’est en ayant part au Corps et au Sang du Christ que nous serons rassemblés par l’Esprit-Saint en un seul corps.

Toi, mon frère prêtre, laisse remonter maintenant en toi les moments qui t’ont permis de répondre à l’appel de Dieu, un appel qui a été confirmé par l’appel de l’Eglise ensuite. Souviens-toi de l’évêque qui t’a imposé les mains. Médite tes promesses sacerdotales. Aujourd’hui peut-être, ce serait bien que tu puisses faire une lecture pacifiante de ta vie, du plus lointain de ta mémoire jusqu’à aujourd’hui, dans la miséricorde de Dieu. Ne t’appesantis pas sur tes faiblesses, tes défauts, tes péchés. Ne t’appesantis pas sur les faiblesses de tes confrères ou mes faiblesses à moi ton frère évêque. Ce qui est passé est dépassé. Elargissons notre cœur en ayant aussi une pensée spéciale pour nos frères prêtres qui, pour une raison ou pour une autre, ont dû quitter le ministère après être passés par les tribunaux. C’est encore le cas pour l’un des nôtres aujourd’hui même. Et gardons-nous bien de réduire la personne qui a fauté à ses actes, voire aux crimes qu’elle a pu commettre. Dieu seul connaît le fond des cœurs surtout dans ce qui se passe lors d’un procès au tribunal. N’oublions pas qu’au soir de sa crucifixion à côté de Jésus, le bon larron s’est retrouvé au paradis avec Jésus. C’est Jésus lui-même qui l’a dit du haut de sa croix, avant de mourir.

Dieu ne nous a pas choisis pour nos qualités qui sont à développer, pour nos talents au service de la mission. Il te connaît, il nous connaît. Il t’a choisi toi-même parce que c’est lui, parce que c’est toi. Il nous a choisis parce que c’est nous. La Parole de Jésus trouve en chacun de nous un écho existentiel. Jésus dit à chacun de nous : ce n’est pas toi qui m’as choisi. C’est moi Jésus qui t’ai choisi et institué pour qu’avec tes frères évêques, tes frères prêtres, avec tes frères diacres, avec tes frères religieux, tes soeurs religieuses, avec les consacrés et les fidèles laïcs dont tu as la charge, pour qu’ensemble « vous alliez et que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure » (Jn 15, 16).

N’ayons pas honte de l’Eglise qui est à La Réunion. Elle a déjà porté du bon fruit, elle en porte encore. La preuve ? Il suffit de regarder notre assemblée, la beauté de notre assemblée. Assemblée, peuple des enfants de Dieu Notre Père, corps mystique du Christ, temple de l’Esprit Saint. Elle en portera davantage. La preuve ? Le 8 mai, nous aurons des professions religieuses chez les Filles de Marie et la messe au Chaudron pour les vocations. Le 15 août, à 15h, à la Grotte de Lourdes à Saint-Paul, nous aurons l’ordination sacerdotale de Sébastien Mérion, un enfant du pays pour la mission de l’Eglise, avec la congrégation des Spiritains. L’Eglise, c’est notre Eglise. C’est notre mère. Dieu l’aime dans l’amour même du Christ, dans la communion des saints. Notre vocation, c’est la sainteté. Des exemples ? Le bienheureux frère Scubilion et la vénérée Mère Marie Magdeleine de la Croix.

Nous sommes un peuple qui marche par temps de soleil et par temps de pluie, par temps d’orages ou de grands vents. Faire peuple, faire Eglise suppose de nous rencontrer, de nous écouter dans l’écoute de la Parole de Dieu, de discerner ensemble ce qu’il faut faire et d’agir pour que le plan d’amour de Dieu puisse se réaliser de manière concrète selon les circonstances et les possibilités du moment. « Rien n’est impossible à Dieu » (Lc 1, 37). Puissions-nous être tendus vers le second avènement de Notre Seigneur Jésus-Christ qui, un jour, reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts. Il nous dit « Oui ! Amen ! Moi, je suis l’alpha et l’omega dit le Seigneur Dieu, Celui est, qui était et qui vient, le Souverain de l’univers » (cf. Ap. Jn, 1, 5 à 8).

Le 13 avril 2022
Monseigneur Gilbert Aubry


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