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Méditation de Monseigneur Aubry : « Des bourgeons éclateront »

Méditation pour l’ouverture de l’Année Laudato Si’ après la proclamation par le Père Pascal Chane-Teng de la finale du livre d’Osée (14, 6-10), le 1er septembre 2020 en l’église du Saint-Esprit au Chaudron pour « La saison de la Création » (1er septembre - 4 octobre).

Article mis en ligne le 3 septembre 2020

par Centre diocésain d’information

 1. Du livre d’Osée

« Je serai pour mon peuple comme la rosée, il fleurira comme le lys, il étendra ses racines comme les arbres du Liban. Ses jeunes pousses vont grandir, sa parure sera comme celle de l’olivier, son parfum comme celui de la forêt du Liban. Ils reviendront s’asseoir à son ombre, ils feront revivre le froment, ils fleuriront comme la vigne, ils seront renommés comme le vin du Liban. Mon peuple ! Peux-tu me confondre avec les idoles ? C’est moi qui te réponds et qui te regarde. Je suis comme le cyprès toujours vert, c’est moi qui te donne ton fruit. Qui donc est assez sage pour comprendre ces choses, assez pénétrant pour les saisir ? Oui, les chemins du Seigneur sont droits : les justes y avancent, mais les pécheurs y trébuchent. » (Osée 14, 6-10)

 2. Méditation

La fin du passage du livre d’Osée qui vient d’être lu nous présente en trois fois le Liban comme un modèle d’harmonie, d’abondance et de vitalité parce que les chemins du Seigneur sont droits : les justes y avancent mais les pécheurs trébuchent.

La double explosion à Beyrouth le 4 août vient détruire cet idéal. La négligence et le manque d’intérêt pour l’environnement ont détruit des vies humaines, démoli des maisons et des immeubles, fait voler toutes les vitres trois kilomètres à la ronde. La corruption était partout.

L’échouage du Wakashio à l’île Maurice le 25 juillet laisse apparaître que l’immense navire ne suivait pas le couloir de circulation maritime qu’il aurait dû emprunter. Le navire allait trop vite et l’équipage faisait la fête. Le navire a fini par se briser. Il s’en est suivi une marée noire dont les conséquences se font toujours sentir. Mgr Maurice Piat, en cette occasion, a déclaré : « Notre lagon, notre terre, notre mer ont poussé un cri lorsqu’il y a eu cette grande marée noire qui a abîmé une grande partie de notre lagon ». Il a lancé un appel pour que « nous changions notre manière d’agir ».

Un garagiste amateur de La Réunion a déversé en bord de mer, il y a quelque temps, des déchets mécaniques et de l’huile de vidange qui ont engendré une pollution momentanée et un gîte à moustiques.

Le pape Jean-Paul II avait déjà souligné que la terre et tout ce qu’elle contient ne servira à la dignité humaine qu’à la seule condition que l’homme la considère comme cadre de son épanouissement. Ainsi on ne saurait parler de l’avenir de l’humanité indépendamment du reste de la création. L’homme, l’être humain n’est pas extérieur à la nature. Il est un des éléments de la nature. Tout est en relation. Tout est lié. Pour Jean-Paul II, la survie de l’humanité dépend de l’attention accordée à la création. Avant le pape François.
Jean-Paul II développe déjà une écologie intégrale où chaque élément est en consonance avec tous les autres éléments.

Les trois exemples négatifs que j’ai présentés au début de mon intervention – Beyrouth, le Wakashio et le comportement du garagiste – manifestent la rupture de relation entre l’homme et son environnement parce que l’homme se met à la place de Dieu et qu’il pense pouvoir tout faire sans penser aux conséquences de ses actes pour lui-même, pour les autres, pour l’ensemble de la société, pour la création. Tout se tient ou bien tout se dégrade et peut même se détruire.

 4. Le pape François

Écoutons maintenant ce que nous dit le pape François lors de son audience générale du mercredi 26 août 2020 :

« Au commencement, Dieu a confié la terre et ses ressources à la gérance commune de l’humanité » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 2402). Dieu nous a demandé de dominer la terre en son nom (cf. Gn 1, 28), en la cultivant et en en prenant soin comme un jardin, le jardin de tous (cf. Gn 2, 15). « Alors que “cultiver” signifie labourer, […] ou travailler, “garder” signifie protéger, [et] sauvegarder ») (LS, n° 67). Mais attention à ne pas interpréter cela comme une carte blanche pour faire de la terre ce que l’on veut. Non. Il existe « une relation de réciprocité responsable » (ibid.) entre nous et la nature. Une relation de réciprocité responsable entre nous et la nature. Nous recevons de la création et nous donnons à notre tour. « Chaque communauté peut prélever de la bonté de la terre ce qui lui est nécessaire pour survivre, mais elle a aussi le devoir de la sauvegarder » (ibid.). Les deux choses. (…)
 
En effet, la terre « nous précède et nous a été donnée » (ibid.), elle a été donnée par Dieu « à tout le genre humain » ((CEC, n° 2402). Il est donc de notre devoir de faire en sorte que ses fruits arrivent à tous, et pas seulement à quelques-uns. Et cela est un élément-clé de notre relation avec les biens terrestres. Comme le rappelaient les pères du Concile Vatican II, « l’homme, dans l’usage qu’il en fait, ne doit jamais tenir les choses qu’il possède légitimement comme n’appartenant qu’à lui, mais les regarder aussi comme communes : en ce sens qu’elles puissent profiter non seulement à lui, mais aussi aux autres » (Const. past. Gaudium et spes, n° 69). Nous sommes administrateurs des biens, pas les propriétaires. Administrateurs. « Oui, mais ce bien est à moi ». C’est vrai, il est à toi, mais pour l’administrer, par pour le garder de façon égoïste pour toi. (…)
 
Nous oublions que, étant créés à l’image et ressemblance de Dieu, nous sommes des êtres sociaux, créatifs et solidaires, avec une immense capacité à aimer. (…)
 
Nous ne pouvons pas rester impassibles ! Avec le regard fixé sur Jésus (cf. He 12, 2) et la certitude que son amour œuvre à travers la communauté de ses disciples, nous devons agir tous ensemble, dans l’espérance de donner naissance à quelque chose de différent et de meilleur. L’espérance chrétienne, enracinée en Dieu, est notre ancre. Elle soutient la volonté de partager, en renforçant notre mission en tant que disciples du Christ, qui a tout partagé avec nous. »
 

 4. Une porte s’ouvrira dans le mur des consciences

 
Et maintenant, permettez-moi de terminer mon propos en communion avec le rêve final du prophète Osée (cf. Poétique Mascarine, p. 383 – 384) :
 
Au fil des siècles et des ans
Le sablier se vide
Le temps s’accélère
Et la vie s’éparpille en morceaux.
La poussière des heures
Nous file entre les doigts.
(…)
 
La terre n’en peut plus de souffrir
Elle a tant et tant pleuré
Que les océans ne suffisent plus
A recueillir le flot de ses larmes.
Pourquoi tant de haine et de violence ?
L’amour n’a-t-il plus droit de cité ?
Que faisons-nous du chant de la nature ?
On méprise le Créateur, on tue la création.
 
Pourquoi faut-il que l’Histoire
S’écrive avec le feu du sang versé ?
Nous arrivons à un seuil d’intolérance
Et sur quoi déboucherons-nous
Quand l’espoir se tord de désespoir
Comme un appel de détresse à l’infini
Pour oser espérer encore d’espérance
Plus loin que l’épuisement des forces humaines.
 
Oubliant notre lente croissance utérine
Qui a façonné cellule par cellule
Nos corps de chair s’ouvrant à l’Esprit
Nous nous robotisons en excès de vitesse
Il nous faut retrouver le cri de naissance
Nos poumons respirant la respiration de la terre.
Quand nous n’en pouvons plus de survivre
Le miracle est de toujours vivre pour vivre autrement.
 
Dans l’humus de la fragilité germera notre force
Une porte s’ouvrira dans le mur des consciences
Mais il faut nous hâter… ptits pas, ptits pas
Et progresser pendant qu’il est encore temps.
Les vieilles écorces tomberont, des bourgeons éclateront
Ce sera tout beau et tout bon… la vie
Comme un rire d’enfant et un parfum de fleur
Avec ta chanson à toi sur la musique du vent.
 
Ce jour-là viendra, tu verras, il reviendra
Tu feras pleurer les gens… des pleurs de joie
Car avec toi ils atteindront le sommet entrevu
A travers brumes et frimas, tempêtes et cyclones
Puisque tous ensemble nous aurons tenu bon
Contre les maltraitances et les mesquineries du Mal
L’horizon décrucifié sera notre récompense éternelle
Le monde dansera d’amour sur la ronde des jours.
 
Lorsque les humains ne savent plus
« être humains »
Ne bascule pas dans les gouffres d’agitation !
Enracine-toi sur le roc intérieur
Et monte tout droit vers la Lumière
Tu seras purifié en ton élan vital
Avec cette force d’aimer pour tenir bon
Jour après jour !
 
Le jour s’en vient, la nuit s’en va
La nuit s’en vient, le jour s’en va !
Tout commence et recommence
Un jour est comme mille ans et
Mille ans comme un jour
Le temps ?
Des rythmes à vivre pour mûrir
Et devenir silence de contemplation
Entre soleil et lune
Notre planète bleue sera transfigurée
Par l’harmonie de nos cœurs de chair
Dans l’unique cœur de Dieu
En son Verbe fait chair
Pour maintenant et à l’infini du cosmos
Pour l’éternité.

Le 1er septembre 2020
Monseigneur Gilbert Aubry


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