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Homélie de Noël : « Gloire à Dieu... Paix aux hommes ! »

Homélie de Noël prononcée par Monseigneur Gilbert Aubry au cours de la messe télévisée du 24 décembre 2021 en l’église de Saint-André.

Article mis en ligne le 24 décembre 2021

par Centre diocésain d’information

Il n’est pas nécessaire d’être chrétien pour croire en Dieu. Tout être humain, sans se réclamer d’une religion, peut arriver à comprendre que l’existence de la création suppose l’existence d’un Créateur. Nous nous sentons bien petits face à un raz de marée, à un cyclone, à une éruption volcanique avec ses magnifiques et brûlantes fontaines de laves. Nous nous sentons bien petits sur notre planète bleue dans l’univers des univers. Il y a du merveilleux là-dedans. Mais l’humanité reste marquée par une conscience blessée depuis les origines par le péché des origines.

Dieu, lui, maintient son projet d’amour pour cette humanité qui gémit et soupire vers une vie de bonheur. C’est pourquoi il fait des alliances successives avec les hommes pour les arracher au malheur. Souvenons-nous de Noé, d’Abraham, de Moïse. Moïse qui reçoit les dix paroles de vie au Sinaï : Dieu seul tu adoreras, respecte le Nom de Dieu, honore ton père et ta mère, ne tue pas, ne vole pas, ne prends pas la femme de ton prochain, ne prends pas ce qui ne n’appartient pas... Ce n’est pas d’abord une affaire de religion mais une affaire d’humanité pour pouvoir vivre ensemble. Cependant, le Mal est là et quand bien même nous pouvons concevoir le bien ce n’est pas en notre pouvoir de le réaliser parfaitement.

C’est pourquoi Dieu se fait chair de la chair de Marie, Marie préservée de tout péché pour être la Mère de Jésus. Et Dieu dit : je vais devenir l’un d’eux par la puissance de mon Esprit. Je serai comme eux pour qu’ils puissent devenir comme moi. Ils ont peur de moi, ils me prennent trop souvent pour un commandeur. Certains m’imaginent même avec un chabouck, avec un grand fouet pour tomber sur leur dos. Et bien non. Je suis Amour, dit Dieu. Je ne suis qu’amour. Vous dites que je suis le Très Haut, le Tout Puissant. De quelle puissance parlez-vous ? Je ne suis pas un tout puissant qui vous écraserait de sa volonté d’amour. Je suis l’Amour Tout Puissant et je vous aime tant, vous pour qui j’ai le plus grand Amour. Je me donne moi-même à vous. Je me donne à vous en vous donnant mon Fils éternel, lui mon Verbe de Vie fait chair de la chair de Marie. Par Lui, je me donne moi-même à vous-mêmes. Je me donne comme un grain de blé qui va tomber en terre et qui va produire du fruit, mille pour un.

Ainsi donc, pour ensemencer notre terre avec son amour, Dieu se rend impuissant dans Jésus foetus, dans Jésus nouveau-né dans la chair humaine. Et qui aurait peur d’un nouveau-né dont, en plus, les parents sont sans défense ? Et Dieu fait chair en son Verbe fait chair se soumet aux lois de la croissance humaine. Jésus crie comme tout enfant pour commencer à respirer. L’air lui brûle les poumons en son petit corps pourtant rempli de l’Esprit-Saint puisqu’il a été engendré par ce même Esprit. Quel trésor ! Mais, Dieu va cacher ce trésor - qui - est - toute - sa - vie dans une étable où créchent des bêtes, en plein hiver, dans le froid de la saison. Dieu, le Tout Puissant épouse la condition humaine au plus profond de la détresse, au plus profond de l’impuissance où triomphe finalement l’amour. Rien d’autre.

Les bonnes gens de la société des hôtels n’ont pas voulu d’eux. Allez-voir ailleurs ! Marie emmaillote son enfant qui ressemble déjà à une momie... ce pauvre petit, tout petit qui est pourtant le Fils du Très Haut. Il n’y a pas de berceau. Ils ne sont pas chez eux puisqu’ils sont en déplacement pour le recensement déclaré par l’empereur César Auguste. Alors, Joseph arrange la paille dans la mangeoire et c’est là que Marie va placer l’enfant. La mangeoire... C’est l’endroit où l’on met la nourriture pour les bêtes.

Plus tard... 33 ans après, le petit devenu adulte se prépare à mourir et à mourir sur une croix. Il ira jusqu’au bout de l’amour en se donnant en nourriture à ses disciples « prenez et mangez-en tous, ceci est mon corps livré pour vous. De même après le repas, il prit la coupe ; de nouveau il rendit grâce et la donna à ses disciples en disant prenez et buvez-en tous, car ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle, qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. Vous ferez cela en mémoire de moi. » Quelque 2000 ans après, le rituel du sacrifice, le mémorial de la passion, de la mort et de la résurrection de Jésus se perpétuent sur les autels de nos églises et dans nos vies. L’étable de Bethléem et sa mangeoire, avec l’enfant Jésus, Marie et Joseph sont déjà une Eucharistie providentielle puisque Bethléem veut dire « la maison du pain. »

Dans ce tourbillon de personnes qui vont se faire recenser à Bethléem, qui comprend la portée de l’évènement ? La portée de la naissance cachée de Jésus ? Personne évidemment. C’est encore un secret. Les bergers eux ne peuvent pas se faire recenser mais leurs cœurs sont préparés à accueillir la Bonne Nouvelle de la naissance du Sauveur. Qui sont les bergers ? Des parias, des moins que rien pour cette société qui remplit les hôtels et les maisons de Bethléem. Qui sont-ils ? Des gardiens de moutons qui sentent le mouton, un peu frustres mais qui ont un grand amour de leurs bêtes, recherchant les brebis égarées, portant les agneaux fatigués sur leurs épaules, sachant trouver les bons pâturages selon les saisons, veillant sur l’enclos pour que les loups voraces ne dévorent pas les troupeaux. Ces bergers sont capables de contemplation muette sur la création berceau de la vie.

Comme Marie et Joseph qui ont eu leurs annonciations respectives, les bergers ont leur annonciation. L’Ange du Seigneur se présente devant eux. Ils sont enveloppés d’une grande lumière ne même temps que d’une grande crainte. « Ne craignez pas... Aujourd’hui vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur... Voici le signe... Un nouveau-né, emmailloté et couché dans une mangeoire. » Le Sauveur enfant est impuissant. Il dépend totalement de Marie et Joseph. Et cet enfant devenu adulte dira au sujet de lui-même « je suis la Lumière du monde. Je suis la Lumière du cosmos. » Et l’Église dira de Jésus qu’il est la « Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu. » Au premier Noël du monde la terre et le ciel sont à l’unisson dans une symphonie de louanges « gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. » (cf. Luc 1, 14)

Et c’est ainsi que nous trouvons chez les bergers toutes les qualités nécessaires pour devenir aujourd’hui les adorateurs de Jésus Sauveur qui triomphe du péché, du Mal et de la mort par sa vie, sa passion, sa mort, sa résurrection et son retour dans la gloire, à l’Heure fixée par son Père. Alors, « pour renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde » (cf. Paul à Tite 2, 11-14), nous demandons au Seigneur Jésus, avec l’appui des saints bergers :

  • Une foi assurée : comme les bergers croyons sans douter. Une tradition rapporte qu’ils ont été guidés par une étoile pour découvrir l’étable, la première crèche de Noël. Aujourd’hui, l’étoile qui nous guide c’est Jésus Christ lui-même dans le souffle de l’Esprit.
  • La générosité : allons à Jésus tels que nous sommes et avec tout ce qui fait notre vie. Déposons dans la crèche nos pensées, nos paroles et nos actions, les bonnes comme les mauvaises. Participons à notre manière à l’adoration de la troupe céleste. Entrons dans la communion des Saints.
  • L’humilité : approchons de la « sainte famille » de Jésus, Marie et Joseph en pensant que chaque famille aujourd’hui est appelée à devenir une crèche vivante 24/24 heures pendant 365 jours de l’année. Surtout, n’humilions personne.
  • Le désir et l’amour : suivons notre étoile le Christ, en désirant l’aimer de plus en plus de tout notre cœur de toute notre âme de toute notre force, et aimer notre prochain comme nous-mêmes.

Et je terminerai en ayant une pensée particulière pour nos jeunes. Vous, filles et garçons, soyez des êtres de désirs. Rêvez à une Église plus belle, rêvez à une île plus belle... à un monde plus beau. Ne reste pas seul. Rejoins un groupe, un mouvement, une aumônerie, une équipe de sport, une association où tu pourras donner le meilleur de toi-même. N’attends pas. Jésus t’attend. Ne le fais pas attendre. Les autres aussi ont besoin de toi comme toi tu as besoin d’eux. Arrachez-vous au climat ambiant de déprime, de harcèlement et de violences. Que ta foi soit solide, ton espérance dynamique, ton amour rayonnant.

Seigneur
Etoile sans déclin
Toi qui vis aux siècles sans fin
Près de ton Père
Ta main, ce jour nous a conduits,
Ton corps, ton sang nous ont nourris ;
Reste avec nous en cette nuit
Sainte lumière
(C. Tassin)

A vous tous je souhaite un vrai Noël de Lumière intérieure avec un peu de silence, beaucoup de sobriété et une grande paix. Et puis déjà à vous et à tous ceux qui vous sont chers, je souhaite la meilleure santé pour une bonne année 2022, une année de résilience, de solidarité et d’engagement avec les autres.

Joyeux Noël et bonne année.
Monseigneur Gilbert Aubry


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