Messe chrismale 2017, l’homélie de Mgr Gilbert Aubry

mercredi 12 avril 2017
par  Mgr Gilbert Aubry

« L’Esprit du Seigneur est sur moi ! » (Isaïe 61,1)

La liturgie d’aujourd’hui nous a fait entendre deux passages de l’Ecriture presque pareils. Un passage du prophète Isaïe et un passage de l’Evangile selon saint Luc où Jésus reprend les paroles d’Isaïe. Il faut donc aller voir le texte d’Isaïe pour comprendre ensuite où Jésus veut nous conduire.

Isaïe, c’est 740 ans avant Jésus-Christ. Son pays, le Royaume de Juda est prospère, mais il y a l’étalement du luxe alors qu’une classe de propriétaires accapare toutes les terres et écrase les pauvres. Puis il y aura l’occupation du pays par l’Assyrie qui fera tomber Israël. Le prophète voit dans cette épreuve la colère de Dieu pour ramener le peuple dans le chemin de la fidélité. Isaïe, prophète, fera l’expérience de l’échec humain à la fin de sa vie (cf. TOB).

Jésus reprend les paroles d’Isaïe dans la synagogue de Nazareth, Nazareth où il avait grandi. Providentiellement, il tombe sur le texte d’Isaïe. Tout le monde l’écoute, dans l’admiration. Israël est sous l’occupation des Romains. Enfin un libérateur. Il est vraiment de chez nous. Félicitations. Hé, tu as fait des miracles à Capharnaüm, fais pareil chez nous ! Alors là, Jésus évite le piège de l’enfermement dans sa patrie et dans les flatteries. Il ne dépend de personne et va montrer que sa patrie c’est son Père Lui-même. L’Amour du Père n’a pas de limites, ce n’est pas seulement pour les enfants d’Israël mais pour les étrangers qui ne sont pas des étrangers pour Dieu : la veuve de Sarepta, Naaman le Syrien.

Et Jésus a dit juste auparavant « Aujourd’hui s’accomplit cette Parole de l’Ecriture que vous venez d’entendre ». Il réalise la bonne nouvelle proclamée par Isaïe. Ceux qui sont dans la synagogue font le rapprochement entre les compliments qu’ils ont adressés à Jésus et l’enseignement par Jésus de l’amour sans limite de Dieu. Dieu n’est pas pour un seul groupe, pour une seule bande, pour un parti, pour une collusion politico-religieuse. Il est pour que tous, par Lui, puissent connaître de quel amour ils sont aimés du Père. La synagogue se révolte. Ils jettent Jésus dehors et même en dehors de la ville. Ils veulent le tuer en essayant de le balancer dans le vide, du haut d’un escarpement.

Isaïe commence sa grande litanie de guérisons et de libération par « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction ». Jésus reprend la formule d’Isaïe, il reprend ses paroles. L’onction est une marque sur la personne pour dire un choix, une élection, une mission donnée par une autre personne. Mais l’expérience d’Isaïe et l’expérience de Jésus sont différentes. Jésus n’a pas besoin de recevoir une onction d’huile.

  • Souvenons-nous : Jésus a été conçu de l’Esprit-Saint en Marie qui a entendu les paroles de l’ange « L’Esprit Saint viendra sur toi et te couvrira de son ombre » (Lc 1,15).
  • Souvenons-nous : à son baptême « L’Esprit Saint descendit sur Jésus sous une apparence corporelle comme une colombe et une voix vint du ciel « Tu es mon Fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré » (Lc 3,21-22).
  • Souvenons-nous des trois tentations : « Jésus, rempli d’Esprit Saint, a été conduit au désert, conduit par l’Esprit et il était tenté par le diable » (Lc 4,1-2).

Et nous connaissons les réponses de Jésus au démon :

  • « L’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole sortie de la bouche de Dieu ».
  • « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et c’est à Lui seul que tu rendras un culte ».
  • « Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu » (cf. Lc 4)

Avec Jésus « doux et humble de cœur »

Nous, dans cette église, aujourd’hui, nous entendons les paroles d’Isaïe. Nous entendons les paroles de Jésus. Nous sommes baptisés ou bien nous serons baptisés pendant la vigile pascale « Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ». Nous sommes remplis de l’Esprit Saint pour que ce soit Jésus qui vive en nous. Il est notre vie. « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (cf ; Gal 2,20). Par conséquent, nous avons à mener le même combat que Jésus, dans des contextes différents « Notre Père, que ton nom soit sanctifié, délivre-nous du Mal ».

Nous aussi nous disons, chacun de nous peut dire aujourd’hui « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction ». Mais pour mener le bon combat de la vie, le combat de la foi, le combat spirituel, il nous faut être fortifiés de plus en plus par l’Esprit Saint. EÉtape par étape, appel, appel décisif, scrutin, baptême, confirmation, eucharistie. Il nous faut être armés et vigilants avec le secours de nos frères et de nos sœurs de la terre, avec l’appui de la communion des saints, dans la grande famille Église à la suite du Christ qui nous dit :

« Venez à moi vous tous qui peinez sous le poids du fardeau et je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur et vous trouverez le repos de vos âmes. Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger » (Mt 11, 28-30).

« Doux et humble de cœur ». Jésus ne travaille pas au bulldozer de l’autoritarisme. Il est plutôt comme le soigneur des athlètes, des coureurs de fond, ces soigneurs qui utilisent des liniments, de l’huile spéciale pour assouplir les muscles, pour les fortifier. Et Jésus fait ce qu’il dit par l’Eglise. D’où l’utilisation de l’huile bénite ou consacrée pour adoucir, pour soulager, pour sanctifier, pour consacrer. Huile des malades, huile des catéchumènes, saint-chrême. Nous sommes à l’inverse de la magie qui manipule les divinités et aliène ceux qui la pratiquent. Nous sommes dans une démarche de foi où le Christ ressuscité lui-même construit son Eglise dans une tendresse et une miséricorde infinies, avec notre collaboration. Tous les baptisés ensemble forment un peuple de prêtres, de prophètes et de rois :

  • Peuple de prêtres pour unir la terre et le ciel. Que l’harmonie du ciel descende sur la terre.
  • Peuple de prophètes pour éclairer toute la vie à la lumière de la Parole de Dieu. Quand il n’y a plus de repères, nous avons nos repères.
  • Peuple de rois pour être libres de la liberté des enfants de Dieu. Nous refusons d’être les esclaves des passions mauvaises et des modes qui se démodent.

C’est pourquoi Paul VI a voulu faire de la messe chrismale la messe du peuple de Dieu, messe d’un peuple sacerdotal. « Vous serez appelés « Prêtres du Seigneur » ; on vous dira « Servants de Notre Dieu » (Isaïe 61,6)

Affirmer notre espérance

Dans ce peuple de croyants, ce peuple sacerdotal au cœur de notre peuple réunionnais, Dieu a voulu que certains membres soient ordonnés prêtres, consacrés pour rassembler les fidèles, pour proclamer la Parole, pour présider l’Eucharistie, pour pardonner les péchés, pour servir la mission de l’Église avec l’aide des diacres.

Chers frères prêtres, vous êtes d’origines diverses mais vous êtes tous prêtres de Jésus-Christ. Nous sommes tous prêtres de Jésus-Christ. C’est Lui notre référence absolue, Lui aimant, exigeant, miséricordieux. Nous avons dit oui à Notre Seigneur pour le suivre jusqu’au bout de l’amour. Jusqu’à la croix et la croix glorieuse. Notre époque est rude. On ne nous épargne rien. Et quand il arrive que l’un des nôtres tombe, nous sommes meurtris pour celui qui tombe, meurtris pour ceux qui sont tombés à cause de lui, meurtris pour l’Église dont le visage est défiguré, meurtris au plus profond de nous-mêmes. La suspicion peut s’installer dans les regards qui se posent sur nous. Quand cela arrive, nous sommes dans l’humiliation. Puisse-t-elle conduire à l’humilité.

Pensons que la sainteté ne consiste pas à être parfait mais à marcher vers la perfection en nous laissant aimer par le Christ non pas tels que nous le voudrions mais tels que nous sommes et tels qu’Il désire que nous soyons. Les difficultés, les contradictions, « rien ne peut nous séparer de l’amour du Christ » (Rm 8,39), amour du Christ pour chacun de nous, pour nous tous, pour l’Église son épouse, pour l’Humanité. Demandons à l’Esprit Saint de nous donner en permanence les sentiments du Christ pour sentir les événements par Lui, avec Lui et en Lui. Sentir avec l’Église « sentire cum Ecclesia ». En méditant l’épître aux Hébreux, pensons à celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle opposition contre lui, afin de ne pas nous laisser accabler par le découragement (cf. Heb 12,1-13). Et puis « (…) sans fléchir, continuons à affirmer notre espérance, car il est fidèle, celui qui a promis. Veillons les uns sur les autres pour nous exciter à la charité et aux œuvres bonnes » (Heb 12, 1sq).

Que Dieu nous donne la grâce d’aimer le peuple qui nous est confié, avec sa culture, avec ses travers mais surtout ses possibilités. Ce peuple qui nous pèse parfois, mais ce peuple qui nous porte parce qu’il nous aime en aimant l’Église qui nous est confiée à nous tous ensemble : prêtres, diacres, religieux, religieuses, laïcs. Ce peuple qui est le corps du Christ. Et nous prêtres, que notre cœur de prêtre et notre regard soient aimants. Que nos attitudes soient accueillantes. Je pense aux paroles du pape François à propos de la messe chrismale (en 2014) : « Devenir de bons pasteurs à l’image de Jésus est quelque chose de trop grand, et nous sommes si petits… C’est vrai ! Nous sommes parmi les plus petits des hommes. C’est vrai, c’est trop grand ; mais ce n’est pas notre œuvre ! C’est l’œuvre de l’Esprit-Saint, avec notre collaboration. Il s’agit de s’offrir humblement soi-même, comme de l’argile à modeler, pour que le potier, qui est Dieu, la travaille avec l’eau et le feu, avec la Parole et l’Esprit. Il s’agit d’entrer dans ce que dit saint Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20). C’est uniquement comme cela que l’on peut être diacres et prêtres dans l’Église, uniquement comme cela que l’on peut paître le peuple de Dieu et le guider non pas sur nos voies, mais sur la voie de Jésus, ou plutôt, sur la Voie qu’est Jésus. »


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