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Journée internationale des Droits de la femme
Anne Soupa, de la différence à l’ouverture au dialogue
Article mis en ligne le 8 mars 2018
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8 mars, Journée internationale des Droits de la femme. L’occasion de s’interroger sur la place de la femme, non seulement dans la société, mais aussi dans l’Église. Questions à Anne Soupa, bibliste, théologienne, journaliste et écrivain.

Anne Soupa, comment évolue la pensée de la différence homme/femme entre l’Ancien et le Nouveau Testament ?
Dans l’Ancien Testament, la prescription de la place des femmes uniquement dans la sphère de la vie familiale relève d’abord du contexte dans lequel se trouve alors le peuple juif.
Pour ce petit peuple, la vitalité démographique est essentielle. L’activité de transmission de la vie n’a ici pas de valeur dépréciative.
D’autre part, l’Ancien Testament donne des règles de pureté rituelles pour les hommes et pour les femmes. Ce sont pour moi des traits de culture. Il me semble que la différentiation est d’ordre culturel et non d’ordre théologique.
Je me réfère à Genèse 2, texte fondateur sur la création de l’homme et la femme. Dieu crée avec la glaise du sol un être appelé « Adam ». Ce mot signifie « être humain » et non pas « homme masculin ». Lorsque Dieu dit dans le verset 18 « Il n’est pas bon que l’homme soit seul », il s’agit de l’Adam - être humain. On ne peut pas dire que « l’homme masculin » ait été créé avant la femme. Ils sont créés simultanément, dans les versets plus loin, lorsque l’être humain transformé se réveille, une femme à côté de lui et qu’il se découvre par là « homme masculin ».
Il n’y a donc pas de différentialisme homme-femme théologiquement fondé. Ils sont institués différents, mais il n’y a pas de contenu à cette différence. Ce contenu est à inventer selon la culture. À rebours de l’argumentaire utilisé par le magistère, la vocation particulière d’aider « l’homme masculin », ne peut être attribuée à la femme. Car lorsqu’il est question de cette vocation, la « femme » n’existe pas encore. La vocation d’aide est attribuée à l’être humain. Elle est universelle. Tout être humain doit être pour son prochain une aide.
Avec le Nouveau Testament, Jésus est dans la perspective de ce texte de Genèse 2. Dans son attitude, il n’y a aucun différentialisme. Théologiquement, il y a une grande cohérence entre l’attitude de Jésus et ce texte. Je vois en Jésus le véritable vis-à-vis que Dieu a donné à l’être humain. Il considère chacun dans sa dignité d’être humain sans faire peser sur lui la différence sexuelle. En revanche, et c’est une interprétation que je formule : parce qu’il y a différence sexuelle, ses relations avec les femmes sont sans rivalité ou opposition, mais en complicité constructives. Chacun trouvant chez l’autre cette part qui lui manque. Aussi, je ne pense pas que Jésus ait valorisé les femmes plus que les hommes. Jésus ne fait pas de « féminisme ». Cependant, nous lecteurs du XXIe siècle, devons être admiratifs de la docilité de ces femmes à entendre la Bonne Nouvelle. Avec Jésus, il n’y a pas de « génie féminin » mais des êtres humains devant lesquels il s’émerveille quand ces derniers parviennent à vivre de leur foi.

En février 2015, au sujet de l’assemblée plénière du conseil pontifical de la culture sur les « cultures féminines », vous avez souligné l’exclusivité de la parole masculine lors de la rédaction du document final. Peut-on y voir un signe de « confiscation » de la parole des femmes ?
Oui, pour le moment, il y a confiscation. Quand un document sur les « cultures féminines » n’est rédigé que par des hommes, cela parle tout seul. Mais il a été annoncé la nomination prochaine de deux femmes. Peut-être qu’elles auront dorénavant le droit de vote. Toutefois, cette assemblée est aussi le souhait d’une ouverture. Je l’accueille avec bienveillance et avec espoir que cela se confirme. Il faut laisser du temps pour voir si ce sont des gestes cosmétiques ou si cela débouche sur de vraies responsabilités.

Est-ce qu’une parole des femmes facilitée permettrait de lever ce qui, selon vous « entachent l’objectivité du regard de l’Église sur les femmes » ?
Bien sûr ! C’est lorsque l’on est dans l’échange, le dialogue, la confrontation, que l’on progresse et que l’on vit dans une véritable communion. On ne peut pas se contenter uniquement de l’entre-soi. Une Église totalement masculine ne peut prétendre être habité par l’Esprit Saint. Il y a là une contradiction de fond. C’est de la différence que surgit quelque chose de constructif. En tant que bibliste, je mesure à quel point des regards différents constituent une richesse.
Or, la différence n’est pas acceptée dans l’Église aujourd’hui. Ce n’est peut-être pas volontaire, mais le résultat est là. De nombreuses femmes ont intériorisé cette situation. Elles acceptent le rôle de seconde consentante dans un système qui les discrimine. C’est un travail de longue haleine pour une prise de conscience que leur parole à autant de valeur que celle d’un homme.

Vous avez publié en 2014, « François, la divine surprise ». Comment percevez-vous l’attitude du Pape sur la question des femmes dans l’Église ?
Le projet de François – selon l’exhortation apostolique « La Joie de l’Évangile » – est de distinguer le ministère presbytérale de celui de la gouvernance de l’Église. Je salue cela comme une mesure extrêmement constructive. Cela permettrait à des femmes d’accéder au gouvernement, à la prise de parole, à des responsabilités plus importantes. Pour y aboutir, il faut un cadre théologique. Cette démarche est encouragée par le Pape. J’espère que l’on parviendra très vite à un seuil d’irréversibilité, c’est-à-dire que le Pape suivant ne pourra plus reculer. Car sur ces questions, il y a une forte hostilité des cardinaux et des milieux romains.
Ces résistances se répercutent sur le terrain. On le voit avec l’homélie. Le dernier directoire pontifical a réaffirmé que celle-ci est exclusivement réservée aux prêtres. Il est quand même déplorable qu’une femme soit indigne de faire une homélie. On se prive du regard de la moitié de l’humanité sur la Parole de Dieu. C’est très grave ! Je sais que ceux qui veulent faire parler des femmes s’arrangent pour présenter leurs interventions sous forme de prédication ou commentaire. J’invite donc mes frères prêtres à davantage d’audace pour favoriser cette participation, car les femmes ont des choses à dire !

P.S. :

Interview : Séverine Gourville, parue dans le mensuel Église à La Réunion n° 422, mars 2015.


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