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À propos du documentaire d’Arte : « Religieuses abusées, l’autre scandale de l’Église »
Article mis en ligne le 5 mars 2019

par Françoise Adam de Villiers

Ce mardi 5 mars à 20h50 (heure de métropole), la chaîne Arte diffuse un documentaire de Marie-Pierre Raimbault, Éric Quintin (avec la collaboration d’Elizabeth Drévillon) intitulé « Religieuses abusées, l’autre scandale de l’Église ». Un documentaire qui sera visible en replay jusqu’au 5 mai 2019.

De quoi s’agit-il ? D’une enquête menée pendant deux ans sur les quatre continents, selon le dossier de presse fourni par la chaîne. Et qui révèle ceci : depuis des années et des années (comment savoir depuis quand !), des religieuses sont agressées, violées par des membres du clergé et parfois contraintes d’avorter. Dans certains pays, certaines communautés, cela se fait avec la complicité active des supérieures religieuses et va jusqu’à prendre la forme d’une prostitution « interne » : on fournit des jeunes sœurs contre de l’argent.

Attenter au corps de l’autre. Faire commerce de l’autre. Attenter à la vie de l’autre. Et le faire habituellement, comme quelque chose de parfaitement normal, en toute impunité, car la très grande majorité des victimes bien sûr garde le silence, sidérée, terrifiée, honteuse ou sous emprise... Il arrive aussi qu’on les paie pour se taire. Ou tout ça à la fois. On croit rêver, mais quel cauchemar ! « Où est ton frère ? Qu’as-tu fait ? » (Genèse 4)

Quelques heures avant la diffusion publique de ce documentaire, la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref) a publié un communiqué qui qualifie ce reportage de : « glaçant » et ce qu’il dépeint de « difficilement supportable ».

« Ce qu’il montre de complicités, de mensonges, de trahisons, de déni, de perversions et de comportements criminels et impunis, est insoutenable », poursuit le communiqué qui précise que « le reportage repère des causes internes à l’Église : le caractère sacré du prêtre et du religieux, un pouvoir omnipotent, une conception avilissante de l’obéissance, un machisme parfois viscéral, une fourberie hallucinante et une réification des femmes, y compris quand elles se retrouvent enceintes. Il nomme aussi des causes exogènes comme le dénuement de religieuses ou de la communauté. Une précarité qui peut occasionner un véritable marchandage sexuel dont des supérieures sont alors complices. »

La Conférence des évêques de France (CEF) a, de son côté, publié un communiqué dans lequel elle « s’associe pleinement à la Conférence des Religieux et Religieuses de France (Corref) dans sa profonde indignation, sa tristesse et sa colère » et rappelle que « la lutte contre les abus sexuels et toute autre sorte d’abus dans l’Eglise est aujourd’hui une priorité que chacun doit porter en pleine responsabilité ».

Après avoir vu ce documentaire, on comprend mieux la Lettre au Peuple de Dieu adressée le 2 août 2018 chaque baptisé·e par le pape François. Et l’on s’inquiète d’autant plus du peu de réaction des fidèles à ce qui apparaît aujourd’hui, non plus seulement comme un appel à ce que chacun prenne ses responsabilités, à ce que les laïcs occupent enfin (et qu’on leur laisse occuper) la place qui est la leur. Non. Aujourd’hui la Lettre au Peuple de Dieu sonne comme un véritable SOS. Car derrière les agressions sexuelles révélées par le documentaire, ce sont aussi les « abus de pouvoir »" et « abus de conscience » contre lesquel le Pape invite à lutter, qui sont dénoncés. Et ce documentaire montre clairement que le mal est systémique. Comme le disait ce matin Sr Véronique Margron op et présidente de la Corref, sur RCF (Radio chrétienne francophone), reprenant ce mot du cardinal Salazar Gomez, archevêque de Bogota, au récent sommet pour la protection des mineurs : « L’ennemi est à l’intérieur ».

Sr Véronique Margron posait aussi cette pertinente question : « Qu’est-ce que le corps des femmes pour ces hommes ? Des corps réifiés qui sont à disposition, des corps désincarnés. Y compris quand ces religieuses se retrouvent enceintes et obligées d’avorter, alors que nous connaissons bien la condamnation de l’Église en ce domaine. »

Elle concluait : « Après l’abattement, la colère et la honte doivent faire agir. Contre ces hommes qui sont dans l’impunité, contre toutes les complicités. Mais aussi regarder en face le lien entre les abus spirituels et les agressions sexuelles. Mais encore en soutenant davantage la formation indispensable dans la vie religieuse. » L’on ajouterait volontiers : et en cessant de bavarder sur les femmes dans l’Église (et la société) pour attaquer vigoureusement ce chantier, qui semble bien en être l’une des clefs à actionner pour assainir cette situation empoisonnée.

-* Lire le communiqué de la Corref

-* Lire le communiqué de la CEF

-* Écouter la chronique de Sœur Véronique Margron sur RCF